Nombre de vues par rouleau
L’une des différences les plus simples, mais aussi les plus déterminantes, entre le 35 mm et le 120 porte sur le nombre d’images par rouleau. Un rouleau 35 mm standard offre généralement 24 ou 36 poses ; certains appareils « half-frame » (demi-format) peuvent même monter jusqu’à 72 vues. Cela rend le 35 mm très indulgent, car l’on peut expérimenter, apprendre de ses erreurs et s’entraîner vite sans craindre de gaspiller trop de pellicule.
À l’inverse, la pellicule 120 en moyen format fournit beaucoup moins d’expositions. Selon le boîtier, un format 6×4,5 donne environ 16 vues, le 6×6 autour de 12, le 6×7 environ 10 et le 6×9 seulement 8. Cette contrainte ralentit naturellement le rythme de prise de vue ; elle incite à composer avec soin et à considérer chaque image comme un choix réfléchi. Pour l’apprentissage ou la photographie de rue, le grand nombre de vues du 35 mm est pratique ; pour des portraits soignés ou des paysages, certains photographes apprécient la discipline qu’impose le faible nombre d’expositions du 120.
Coût et déroulé de la séance
Le coût est un autre élément que les débutants négligent souvent. Parce qu’un rouleau 35 mm contient plus d’images, le coût par photo est plus faible. Le développement et le scan sont aussi généralement moins coûteux, les laboratoires facturant souvent entre 10 et 20 euros le rouleau. Concrètement, débuter en 35 mm permet d’économiser : les erreurs et les prises de vue répétées coûtent moins cher quand la dépense par image est réduite. La pellicule moyen format revient plus chère par image, même si le prix du rouleau est comparable. Le développement d’un rouleau 120 tourne souvent autour de 15 à 25 euros en raison de la manipulation supplémentaire et de la taille des négatifs. Le flux de travail lors de la prise de vue est aussi plus lent. Beaucoup d’appareils 120 exigent un remontoir manuel, une mise au point précise et une composition plus délibérée, tandis que le 35 mm permet d’enchaîner rapidement les vues et de recharger vite. En résumé : le 35 mm favorise la vitesse et la spontanéité, le 120 l’intention et la concentration.
Planche contact 35 mm par Guy Le Querrec. Crédit : Magnum Photos.
Taille du négatif et qualité d’image
La taille du négatif influe fortement sur le rendu final. Une image 35 mm mesure 24 × 36 mm, ce qui capture suffisamment de détails et donne de beaux tirages pour un usage courant. On observe du grain, surtout aux sensibilités ISO élevées, mais ce grain peut apporter une texture intentionnelle, notamment en reportage et en photographie de rue.
Le négatif 120 est nettement plus grand. Même un cadre 6×6 cm représente à peu près quatre fois la surface d’un négatif 35 mm. Cette surface supplémentaire autorise davantage de détails, des transitions tonales plus douces et un grain plus fin. Les ombres, les hautes lumières et les nuances subtiles gagnent en richesse, d’où le choix fréquent du moyen format pour les tirages grand format ou le travail de galerie. Les scanners et objectifs modernes améliorent la qualité des scans 35 mm, mais, sur la fidélité pure des détails, le 120 reste en général supérieur.
À gauche : 35 mm, à droite : 120 format. Crédit : David Rose.
Format d’image et souplesse créative
Le 35 mm présente un rapport d’aspect fixe de 3:2, identique à la plupart des boîtiers numériques plein format. C’est un format polyvalent qui convient aux paysages, à la rue et aux scènes du quotidien. En revanche, ce rapport unique limite la composition en prise de vue : pour obtenir des images carrées ou panoramiques, il faudra recadrer ensuite, ce qui diminue la qualité.
Le 120 offre un vrai atout ici. Selon l’appareil, il propose par exemple 6×4,5 cm (environ 4:3), 6×6 cm (carré), 6×7 cm, 6×9 cm ou même des formats panoramiques comme 6×12 ou 6×17. Cette variété permet de composer directement avec le format souhaité sans recadrage et donne un contrôle créatif plus important. Le 6×6 est parfait pour les portraits centrés, le 6×7 propose un cadrage plus cinématographique avec un supplément de détails. En pratique, le 35 mm se distingue par sa simplicité et sa polyvalence, tandis que le 120 offre davantage de possibilités pour construire une image dès la prise de vue.
Photographié avec le Widelux par Jeff Bridges.
Profondeur de champ et séparation du sujet
La différence de taille du négatif affecte aussi la profondeur de champ. En 35 mm, le format plus petit produit naturellement une profondeur de champ plus grande à diaphragme équivalent. Ainsi, une plus grande partie de la scène reste nette, ce qui est utile en rue, en reportage et en paysage. Une scène de rue à f/8 sur 35 mm pourra rendre avant-plan et arrière-plan simultanément nets.
Le moyen format génère, pour sa part, une profondeur de champ plus réduite aux mêmes ouvertures. Un portrait en 6×6 à f/4 affichera un arrière-plan sensiblement flou, faisant ressortir le sujet. Ce flou d’arrière-plan crémeux est plus difficile à obtenir en 35 mm sans longues focales ou très grandes ouvertures. Le 35 mm convient lorsque l’on souhaite que tout soit net ; le 120 est idéal lorsque l’on cherche à obtenir une séparation très marquée du sujet par rapport à son environnement.
Photographié avec le Mamiya RB67 par Alisa Gulkanyan.
Expérience de prise de vue et rythme
Photographier en 35 mm est rapide et intuitif. Les appareils compacts, reflex et télémétriques permettent des mises au point rapides, un avancement du film rapide et des enchaînements de vues qui réduisent le gaspillage. On peut emporter plusieurs rouleaux, changer de scène en un instant et travailler dans des conditions variées, ce qui en fait un choix fréquent pour les événements ou la rue. C’est pour ces raisons que de nombreux photographes débutent avec le 35 mm : il laisse une certaine marge d’erreur pendant l’apprentissage des réglages et des compensations.
Les boîtiers moyen format sont souvent plus lents. Beaucoup sont équipés d’une mise au point entièrement manuelle et nécessitent un levier ou une molette pour remonter le film. Certains demandent de composer à hauteur de hanche via un dépoli, de cadrer avec attention, puis d’actionner un avancement complet pour armer l’obturateur : un processus qui appelle réflexion et soin. Avec seulement quelques vues par rouleau, on apprend à estimer la valeur de chaque image, à développer patience et précision. Plus lent, ce rituel rend la pratique du moyen format plus intentionnelle et parfois méditative.
Photographies de Joel Meyerowitz en 35 mm.
Taille du matériel et portabilité
Les appareils 35 mm sont généralement compacts et légers ; on trouve des télémétriques de poche et des reflex professionnels ou compacts d’une taille raisonnable. Cela rend le 35 mm idéal pour voyager, randonner ou pour toute autre séance où l’on prévoit de porter du matériel toute la journée. Les appareils moyen format sont plus volumineux, plus lourds et nécessitent souvent un support plus robuste quand la composition devient difficile à tenir à main levée. Ils sont plus visibles et leur construction est métallique ; les objectifs sont plus grands et parfois leur design modulaire attire davantage l’attention en rue. En pratique, les photographes utilisent souvent le 35 mm pour le quotidien et réservent le 120 aux séances plus posées et planifiées. Il existe des options 120 compactes, mais, en règle générale, la portabilité avantage toujours le 35 mm.
À gauche : Mamiya RB67 (2,8 kg) et Hasselblad 500C/M (2,2 kg), à droite : Leica MP (590 g).
Numérisation et structure du grain
Au niveau du scan et du grain, le 35 mm et le 120 divergent à nouveau. Le grain est plus apparent sur du 35 mm en raison de la petite surface du négatif, particulièrement lorsque la sensibilité de la pellicule est plus élevée. Cela ajoute de la matière, mais peut limiter la douceur d’un tirage grand format si c’est ce que l’on vise.
Le négatif 120, de par sa taille, présente un grain plus fin, car les cristaux d’argent-halogénure sont étalés sur une surface plus grande. En numérisation, un cadre 120 se traduit par une image à très haute résolution et des transitions tonales lisses. Par exemple, il peut être nécessaire de scanner un 35 mm à 4 000 ppp pour atteindre une dimension en pixels comparable à celle d’un 120 scanné à 2 000 ppp. La plupart des laboratoires scannent les deux formats, mais les scans moyen format à très haute résolution peuvent prendre plus de temps et coûter plus cher. Quoi qu’il en soit, les deux formats exigent toujours un bon scanner pour tirer le meilleur parti du négatif.
À gauche : 35 mm sur Kodak Gold 200, à droite : 120 (645) sur Kodak Gold 200.
Chez Club 35, les films 35 mm comme les films 120 sont numérisés avec le même niveau d’attention. Chaque scan est réalisé manuellement, à partir de profils colorimétriques personnalisés, afin de respecter l’intention et le style propres à chaque photographe, indépendamment du format utilisé. Contrairement aux idées reçues, le moyen format n’est pas forcément plus onéreux. Chez nous, selon le format d’export choisi, le développement et la numérisation d’un film 120 se situent entre 20 et 22 euros, là où le 35 mm est proposé à 22,90 euros.
Nous ne facturons pas non plus à l’image, un choix assumé qui apporte une lisibilité et une stabilité tarifaire appréciables, notamment pour les photographes qui travaillent sur la durée ou souhaitent construire une cohérence de rendu sans calculer chaque déclenchement. Pour plus de détails, vous pouvez consulter nos tarifs de développement et de numérisation pour films 35 mm et 120 directement sur le site Club 35.
Conclusion : Quel format choisir et pourquoi
Les deux formats ont leur place, aucun n’est intrinsèquement « meilleur ». Le 35 mm est indulgent, portable et économique : il convient parfaitement aux débutants, à la photographie de rue, au voyage et aux prises de vue quotidiennes. Les erreurs coûtent moins cher et le nombre élevé de vues autorise l’expérimentation. En revanche, si vos priorités sont d’obtenir une grande qualité d’image, d’avoir un niveau de détail élevé et de garder un total contrôle artistique, le moyen format justifie souvent le surcoût et l’effort. Il est idéal pour les portraits, les paysages, l’art et tout projet où la résolution, la profondeur et le rendu comptent. Beaucoup de photographes utilisent les deux : le 35 mm au quotidien, le 120 lorsque chaque image a de l’importance. Comprendre ces différences vous permettra de choisir le format qui s’accorde à votre flux de travail, à votre style et à la manière dont vous souhaitez voir le monde en argentique.