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Article: Cinq choses que j’aurais aimé savoir en débutant l’argentique

Cinq choses que j’aurais aimé savoir en débutant l’argentique

Cinq choses que j’aurais aimé savoir en débutant l’argentique

Ne gâchez plus vos pellicules : ce que j'aurais aimé savoir pour réussir mes photos argentiques dès le départ.

Temps de lecture : 10 minutes

Photographe utilisant un appareil Leica avec visée de poitrine, illustrant la maîtrise technique, la patience et l'importance de ralentir en photographie argentique pour une composition soignée.

Ilse Bing, 1931

Apprendre la photographie argentique est souvent fait d’enthousiasme, mais aussi de doutes. On charge son premier rouleau, on prend quelques images, puis on attend des jours, parfois des semaines, pour découvrir des résultats qui ne correspondent pas à l’idée qu’on s’en faisait. Cette étape est presque universelle, et pourtant rarement évoquée. L’argentique ne récompense pas toujours les raccourcis et comprendre le comportement d’un appareil argentique, la façon dont le film réagit à la lumière et l’impact de vos choix sur l’image finale est un processus lent. C’est précisément ce qui rend la pratique si gratifiante.

Voici cinq leçons que j’aurais aimé connaître au départ. Elles portent sur le choix du boîtier, l’exposition, la composition, les habitudes de prise de vue et le laboratoire, autant d’éléments qui, contrairement à ce que croient la plupart des débutants, ont une grande influence sur les images finales. Ce ne sont pas des recettes ni des règles strictes, mais des idées fondatrices pour progresser avec assurance, gagner en constance et retrouver du plaisir dans l’argentique sans frustration inutile.

1. La cohérence vaut mieux que l’appareil « parfait »

Au début, on se persuade facilement qu’un modèle précis de boîtier, d’objectif ou une marque particulière fera soudainement de meilleures images. On compare les caractéristiques, on reproduit le matériel de son photographe préféré en espérant que le nouvel équipement résoudra les difficultés. Ce que j’aurais aimé comprendre plus tôt, c’est que l’argentique récompense la répétition bien plus que l’accumulation de matériel. Mieux vaut connaître un boîtier sur le bout des doigts plutôt que d’en posséder plusieurs sans jamais vraiment les maîtriser. C’est pourquoi je recommande souvent les boîtiers manuels aux personnes qui veulent vraiment progresser. Un appareil à contrôles manuels et aux automatismes limités vous oblige à réfléchir consciemment à l’exposition, à la distance de mise au point, à l’usage du flash et au cadrage, au lieu de vous reposer sur l’automatisme. Quand vous connaissez votre boîtier et que vous savez instinctivement quels réglages adopter selon les situations, la mécanique cesse d’être une préoccupation et la prise de vue redevient prioritaire.
Changer de matériel trop tôt freine l’apprentissage et l’envie de corriger ses défauts par du neuf vous détourne de l’apprentissage de l’exposition, du cadrage et du tempo. Un nouvel appareil peut modifier la sensation de prise de vue et donner l’illusion de progrès, mais il masque souvent les mêmes erreurs fondamentales : mesure inadéquate, composition précipitée, habitudes irrégulières. Le progrès est le plus souvent subtil et cumulatif et rester suffisamment longtemps avec un même boîtier permet à cette progression discrète de se manifester.

Un photographe portant plusieurs appareils Leica M, illustrant l'importance de la maîtrise du matériel et du tempo pour progresser en photographie argentique sans se laisser distraire par l'accumulation de boîtiers.

2. Pour les pellicules couleur, une surexposition légère peut jouer en votre faveur

Beaucoup de débutants apprennent trop tard que la pellicule négative couleur aime la lumière. Le film gère les hautes lumières différemment du capteur numérique et ne les « brûle » que rarement de façon aussi abrupte. Les hautes lumières se compressent plutôt en douceur. Le film possède une bonne latitude pour les hautes lumières et peut supporter plus de lumière qu’on ne l' imagine sans perdre d’information.
C’est l’exposition insuffisante qui tue la couleur : elle produit des scans plats, ternes ou excessivement granuleux, que beaucoup attribuent à tort à un laboratoire. Des négatifs « maigres » obligent le scanner à pousser les signaux et à travailler sur peu d’information, ce qui accentue le grain, affaiblit la séparation des couleurs et réduit la richesse tonale.
Rappel utile : la sensibilité annoncée par le fabricant sur la boîte d’une pellicule, n’est pas une vérité absolue. En exposant vos films légèrement plus que prévu, certains révèlent un rendu plus équilibré, comme une Kodak Portra 400 exposée à 200 ou 320 ISO. Cela produit parfois des tons plus riches et des ombres plus propres ; c’est un paramètre à tester pour définir vos préférences.
En résumé : en cas de doute, ajouter de l’exposition améliore presque toujours la couleur, le détail et la plage dynamique, puisque des images légèrement surexposées sont souvent récupérables alors que des images sous-exposées ne le sont généralement pas.

Stock de pellicules professionnelles Kodak Portra 400 et 160 conservées au frais, illustrant l'importance du choix du film et de la surexposition pour obtenir des couleurs riches en photographie argentique.

Crédit : Analogue.ams

3. La composition est plus importante que le choix du film

Beaucoup de débutants ont tendance à se focaliser sur le choix de la pellicule comme si, à elle seule, elle suffisait à définir un style. Portra ? Gold ? Ultramax ? Ektar ? Quel est le meilleur choix ? La réalité est que le film ne fait qu’embellir une photographie qui est déjà solide sur le plan de la composition. Une belle lumière, un cadrage propre et un placement réfléchi du sujet priment largement sur la palette colorimétrique fournie par le film ; les pellicules sont l’assaisonnement, pas le plat principal.
Le choix de la pellicule peut certes devenir un marqueur reconnaissable de votre travail, un élément qui, associé à une pratique régulière, contribue à une signature esthétique. Mais cela ne suffit pas à définir votre style : humeur, texture, contraste et colorimétrie soutiennent votre voix photographique, sans se substituer au regard que vous portez sur le monde ni à la façon dont vous composez vos images. Votre identité visuelle vient aussi de la manière dont vous observez le monde, de ce que vous choisissez d’inclure ou d’exclure du cadre et de la façon dont vous structurez la scène. Le type de films utilisé doit compléter cette pratique en amplifiant votre vision, non en la remplaçant.

Photographie de rue en noir et blanc par William Eggleston montrant une voiture classique et un valet, illustrant l'importance du tempo et de la composition intentionnelle en photographie argentique.

Par William Eggleston

Portrait en couleurs de William Eggleston illustrant la maîtrise de la saturation et de la lumière en photographie argentique, un exemple de l'importance de la composition et du rendu du film sur le style final.

Par William Eggleston

4. Vous n’avez pas à photographier tout et n’importe quoi

Au début, chaque instant paraît digne d’être fixé et l’on brûle des rouleaux en espérant que la quantité produira la qualité. À l’heure actuelle, cette méthode est coûteuse et superflue. Apprendre à ralentir en observant la scène, en composant avec soin et en se satisfaisant d’une ou deux bonnes images accélère la progression d’une manière qu’aucune accumulation ne peut égaler.
Cette retenue est une discipline que l’argentique exige particulièrement aujourd’hui et elle vous rendra service sur le long terme. Votre regard progresse plus vite quand vous shootez moins et que vous prenez le temps d’observer avant d’appuyer sur le déclencheur ; cette pratique entraîne une vision plus intentionnelle. Elle est précieuse pour votre travail artistique, mais aussi pour votre bien-être dans un monde saturé et rapide. Tout n’a pas besoin d’être documenté ; laisser certaines scènes vivre uniquement en mémoire renforce votre intention lorsque vous photographiez. La prise de vue intentionnelle augmente votre taux de réussite et rend les rouleaux cohérents : au lieu d’une série d’instantanés, vos films deviennent des chapitres. Vous apprenez à valoriser vos choix, à anticiper, à chérir davantage la photo réalisée que celles qui auraient pu être prises.

Archives de photographie argentique avec planches-contact, tirages noir et blanc et appareils photo anciens, illustrant l'apprentissage de la composition et la patience du processus argentique.

5. Le laboratoire façonne fortement le rendu final

Vos scans ne sont pas toujours une traduction neutre des négatifs. Ils sont une interprétation, façonnée par la chimie, le scanner, les profils colorimétriques et la personne qui opère la machine. Deux laboratoires différents peuvent faire paraître le même négatif comme si deux photographes distincts l’avaient réalisé. Certes, une exposition défaillante explique bien des problèmes que les débutants attribuent aux scans, comme évoqué plus haut, mais une fois vos expositions régulières, les différences de laboratoire prennent une importance considérable.
Les labos ont des styles : certains vont vers un rendu punchy et contrasté, d’autres privilégient un rendu plus doux, presque pastel. Changer de labo peut semer la confusion et si votre rendu change à chaque rouleau, il devient impossible d’évaluer votre progression. Un « mauvais scan » n’est souvent pas un mauvais négatif, mais une interprétation qui ne correspond pas à votre intention. Trouver un labo qui comprenne et respecte votre intention est donc essentiel. Ceci dit, le travail personnalisé nécessite du temps et souvent, un tarif plus élevé. Cette voie, qui consiste à travailler avec des laboratoires acceptant les retours, proposant des profils personnalisés et retouchant manuellement les scans pour coller à la vision du photographe, vaut la peine d’être recherchée.

C’est une philosophie que l’on retrouve chez Club 35, où chaque scan fait l’objet d’une attention particulière en tenant en compte les préférences et l’intention de chaque photographe. Ce processus demande du temps et un véritable engagement humain, mais il permet de garantir un résultat constant et d’obtenir des images qui respectent une vision plutôt que d’appliquer un rendu standardisé dicté par une machine. Considérez votre labo comme un collaborateur : trouvez-en un qui soutienne l’esthétique que vous voulez construire, et restez lui fidèle. La constance du traitement révélera votre style réel.

Exemples de scans de pellicules argentiques 35mm et 120 avec bordures apparentes par le laboratoire Club 35, illustrant la richesse tonale, la gestion de l'exposition et l'esthétique authentique du film en photographie de mariage et de lifestyle.

À gauche : photographié par Serena Lutton sur moyen format, à droite : photographié par Marion Colombani sur 35 mm — tous deux développés et scannés par Club 35.

Ces cinq leçons convergent vers une idée centrale : l’argentique vous oblige à ralentir. Le boîtier, le choix de la pellicule et le laboratoire comptent, mais ils restent secondaires face à la pratique délibérée de l’attention. La familiarité avec un seul boîtier développe une mémoire du geste, une exposition généreuse préserve couleurs et détails, la composition donne du sens bien plus que la chimie et un labo de confiance traduit votre intention en rendu cohérent.
La photographie argentique demande de la patience, l’acceptation d’échecs mineurs et la conscience que l’amélioration est progressive. Si vous acceptez ses limites plutôt que de les combattre, vous découvrirez que l’enjeu n’est pas seulement de faire de « belles » images, mais d’affiner votre manière de voir et de choisir. Ce sont ces compétences durables, indépendantes des modes et du matériel, qui feront finalement qu’une photographie compte.

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